Après la rentrée, une vague de fainéantise s’est immiscée au sein de notre petit groupe, touchant principalement Charlotte, Julia et
Damien. Résultat, de février à fin mars, pas de voyage du groupe jusqu’à la semaine sainte. La Semana Santa, au Mexique, est vraiment « Santa », personne ne travaille les jeudi et vendredi
saints, et pendant une semaine, la ville se vide, des centaines de milliers de Chilangos prennent la clef des plages.
Après maintes tergiversations, nous avons finalement fixé le cap sur Chacahua et sa lagune, sur la côte de Oaxaca. Ce fut un voyage
long, mais sympa ! Six heures du DF jusqu’à Oaxaca, une petite escale puis six nouvelles heures dans un bus de 2nde classe jusqu’à Rio Grande, un pueblo perdu sur la route de Puerto Escondido à
Huatulco, enfin une bonne demi-heure de taxi, à six passagers plus le chauffeur !
Arrivés à Zipotalito, un « pueblo olvidado por Dios » (dixit Chow) sur la rive intérieure de la lagune, vers cinq heures du matin, en pleine nuit (bon, peut être
cinq heures et demie) ne voyant rien mis à part le porche d’une cabane où un tapir apprivoisé faisait des bons de cabri, et devant trouver quelqu’un pour nous faire traverser la lagune en barque
(40 minutes) ou attendre deux heures une éventuelle camionnette… Tout le monde à boooooord ! Arrivés au tiers du trajet, au bout de 15 minutes, le soleil commence à se lever derrière nous
au-dessus de la lagune, elle est immense, on dirait la mer, une mer au milieu de laquelle pousseraient des îles de palétuviers, servant de perchoirs à des centaines d’oiseaux.
La barque passe ensuite dans un canal aménagé au milieu des palétuviers pour passer à l’autre moitié de la lagune. Au milieu de ce labyrinthe s’est installé un
village de pêcheurs, oubliés de tous, « sans électricité ni communications » nous dit notre barco-taxi. Nous sommes tous plus ou moins frigorifiés, la nuit a été fraîche et la vitesse de la
barque crée un vent qui cingle les joues et les yeux. Enfin nous arrivons à la plage. Le propriétaire d’une des nombreuses palapas nous propose deux emplacements pour planter notre tente, le
débat se lance entre partisans de « sous l’arbre » et partisans de « sous le toit de palmes », le premiers l’emporte par forfait, Flora, Coline et moi sommes partis déjeuner, face à la mer et à
l’immense baie.
Aucun des plats au menu n’est aussi alléchant que les vagues sur lesquelles miroitent les rayons du soleil. Petit déjeuner englouti, nous nous empressons d’enfiler
les maillots de bain, de nous tartiner de crème solaire, sauf pour Flora qui ne veut pas polluer l’eau « pour rien », et filons en courant jusque dans les vagues. L’eau est à peine fraîche, un
délice de se retrouver flottant, entre deux rouleaux qui se chargent de vous réveiller si vous vous laissez trop bercer, ce qui arrive au moins une fois par quart d’heure à chacun d’entre nous.
Julia, Chow, Coline et Damien se fatiguent vite, Flora et moi ne nous lassons pas, nous sautons dans les vagues, jouons comme des enfants.
Quand nous finissons par sortir, vers 11h30, il est déjà trop tard, le soleil brûlant de Oaxaca a déjà frappé. Au bout d’une heure sous la palapa à jouer au Jungle
Speed, mes petits camarades remarquent que ma peau a viré au rouge écrevisse… Idiot que je suis ! Pour compléter le tableau j’ai oublié la biafine, mais la douleur est supportable, pour moi.
Flora hurle dès qu’un doigt touche ses épaules.
Plus tard dans l’après-midi, la fatigue gagne certains d’entre nous. Les serviettes s’étendent sur le sable à l’ombre du toit de palmes, les deux sœurs s’endorment
près de la table où s’entassent les livres, feuilles de papier et autres crèmes solaires, pendant que sur une autre table Julia, Rapha et Victor qui nous ont rejoint dans la matinée, et moi
continuons de jouer au Jungle Speed. Ma « chanson de la victoire » arrache des fous rires à Rapha qui commence à croire que le soleil n’a pas seulement atteint ma peau…
Un moment plus tard, les lieux de siestes ont un peu changé : Flora dans le hamac sous l’arbre près de la tente, Victor sous l’abri, Damien… qui sait ?! Moi, je
m’installe sur deux chaises, face à la mer, pour lire mon livre. Rapha aussi. De temps en temps nous échangeons un regard désolé pour la musique trop forte que les « nacos-fresas » de la palapa
d’à côté mettent en boucle. Devant l’overdose de musique naco que subissente mes oreilles, le reste de mon corps décide de leur faire la faveur de se translater derrière la palapa, près de la
tente. Flora fait un petit bruit respiratoire, Victor un gros bruit respiratoire, je choisis de m’installer près de Flora, sous l’arbre. Mon livre perd de son intérêt., je passe plus de temps à
la regarder qu’à le lire, sa tranquillité me gagne, je sens le sommeil m’envahir, mes yeux commencent, doucement, à s’endormir. Je lutte, un moment, tente de me reconcentrer sur le livre, rien à
faire, le livre tombe au moment où mes yeux se ferment. J’étale péniblement ma serviette sur le sable, m’étends à l’ombre de l’arbre, au pied du hamac où dort toujours Flora, je me laisse aller
et glisse dans un sommeil peuplé de rêves.
Mon réveil est nasal. Flora, qui pendant que je dormais est venue se coucher près de moi, me pince le nez pour m’empêcher de ronfler, il semble que je faisais un
très gros bruit respiratoire. Finalement arrive Coline pour nous réveiller, il est assez tard pour retourner à l’eau.L’étalage de la crème solaire, dont quelqu’un ne nie plus l’utilité, est une
épreuve, mais la récompense en vaut la peine : une baignade dans une mer plus calme pendant que, peu à peu, le soleil descend sur les terres. Encore beaucoup de jeux, de rires, personne ne se
fait ensabler, contrairement à Flora le matin, finalement tous partent pour une promenade le long de la plage, tous sauf moi qui connais l’hostilité avouée du sable envers mes pieds.
Je vais donc me doucher, car notre palapa-cabañas-camping dispose d’une douche, un véritable luxe ! Le temps d’attente plus le temps de me nettoyer, les autres sont
revenus, juste à temps pour l’heure de pointe, pendant que je vais m’installer pour lire quelques pages et que la lune s’élève au dessus des flots plongés dans l’obscurité. Après sa douche, Flora
me rejoint, nous nous installons sur le sable, près de la mer, elle dans mes bras, moi la réchauffant, la soirée est fraîche. Vient l’heure du dîner, les bouteilles de vin que nous avons
apportées sont restées dans la tente toute la journée, elles sont chaudes. Nous en mettons une au frais et buvons l’autre avec des glaçons, c’est mieux que rien. La palapa propose du poisson,
rien que du poisson, ça tombe bien, on est aussi venus pour ça, et on ne regrette pas. Ce ne sont pas les délices de Playa Paraíso mais nous nous régalons quand même. La bière suit le vin, on
reste tranquillement à discuter, Rapha essaye de démêler ses cheveux, sans grand succès, une armée de hippies et de jeunes Chilangos fait ses grandes manœuvres autour de nous. La soirée suit son
cours, tranquille, puis nous allons tous nous coucher, épuisés. Flora et moi décidons d’établir notre campement sur la plage, à la belle étoile, et surtout à l’air frais dont semble cruellement
manquer la tente… Beaucoup de moustiques volent autour de nous sans nous attaquer, l’anti-moustiques semble être efficace. Nous nous endormons comme des masses.
Mes yeux s’ouvrent avec l’apparition des toutes premières
lueurs , Flora dort toujours, il est environ six heures, je la réveille pour qu’elle profite du spectacle. Pendant le peu de temps qu’il reste avant que le soleil n’apparaisse, elle fil chercher
l’appareil photos, et sa sœur. Pendant ce temps, je reste tranquillement installé dans mon sac de couchage, à regarder et écouter, comme au théâtre. L’astre du jour monte vite, en quelques
minutes il apparaît tout entier de l’autre côté de la baie. A ce moment arrivent Flora et Coline, contentes de leurs photos. Elles continuent leur balade le long de la plage, je retourne à la
tente et, pendant que les autres dorment encore, je vais déjeuner. En attendant que les uns et les autres se lèvent, je m’adonne à ma deuxième activité favorite à la plage : la lecture,
entrecoupée de ces moments magiques où je ferme les yeux et écoute le vent, les oiseaux, le bruit des vagues, je sens sur ma peau l’air encore frais de ce matin de printemps, avant que la chaleur
ne monte et de toute sa hauteur ne vienne nous écraser. Je suis seul sous la palapa, seul le bruit que fait Maite, la vieille ciusinière, en sifflotant et en ratissant le sable pour récupérer les
déchets de la veille vient doucement troubler mon isolement.
Peu à peu, les marmottes se réveillent, marchant difficilement, les yeux entrouverts. Certains ont mal dormi, d’autres très bien. Il semble que la qualité de la
tente dépende surtout des goûts. Tous sont surpris que j’aie bien dormi, réponse : « moi j’avais de l’air frais ». Bref, petit déj’ et crème solaire au menu, le temps que la crème pénètre la peau
et c’est parti, tous à l’eau, comme toujours Flora et moi en premier. Pendant ce temps, Coline tente désespérément de bronzer, il semble que ce soit le point commun à tous les proches qui
viennent nous rendre visite. Il faut dire aussi que le bronzage bruxellois, ça laisse un peu à désirer… La scène amène Flora à noter « ma sœur va choper un cancer. » Réflexion qui m’amène moi à
penser « merde, moi aussi ! » Je sors donc de l’eau et cours sur le sable littéralement brûlant pour aller me mettre à l’abri sous la palapa. Flora me rejoint deux minutes plus tard, « toute
seule c’est pas drôle ». Je suis d’accord avec elle. L’après-midi est semblable au précédent, mise à part la dégustation d’un très étrange tamal aux moules, coquilles comprises !
Fin d’après-midi, nouveau bain de mer, jusqu’à ce qu’arrive Dam avec un super plan de libération de bébés tortues. Non, merci, pas pour moi. Flora n’est pas
intéressée, et Julia est partie se promener, depuis un moment, vers le « bout » de la plage. J’ai oublié de préciser, entre le bain de mer et la « difficile » décision de ne pas aller libérer les
bébés tortues, une trempette relativement longue dans le chenal entre la mer et la lagune, avec le courant qui nous emporte doucement vers l’intérieur de la lagune. Une enfant dit à Flora « il
parle bien espagnol ton ami morenito » en parlant de… Victor !
Après le départ de la petite troupe de libérateurs de tortues, Flo et moi retournons à l’eau salée qui nous appelle à gouttes et à flots. Puis, alors que la nuit
tombe, Flo note « ça fait plus de deux heures que Julia est partie, c’est bizarre, non ? » Oui, c’est bizarre. (... Passage censuré sur demande expresse de Julia. jeje...) Nous promettons de ne
rien raconter aux autres et revenons vers la palapa. Je mets une autre bouteille de vin au frais avant d’aller me doucher au son des « grouille-toi Seb, on se fait bouffer par les moustiques ! »
de Flo et Julia… Ben oui, mais c’est qu’après une journée dans l’eau de mer il faut se dessaler. Autre soirée tranquille, encore plus épuisés que la veille, Flo et moi décidons de retourner sur
la plage, Rapha décide de venir avec nous… Pinche Rapha !
Nous dormons… Quand tout à coup j’entends un bruit, ce léger bourdonnement qui nous a tous rendus fous un jour où l’autre : le bruit des moustiques. Je me débats,
ne pouvant supporter de rester emmitouflé dans mon duvet, trop chaud, ni accepter d’être piqué sur toute la surface exposée de mon corps. C’est un combat à mort, désormais le bourdonnement est
entrecoupé des « clap » de mes mains décimant l’armée des pompeurs de sang. Je finis malgré tout par abandonner, m’enfonce dans mon sac de couchage et dors d’une traite jusqu’au matin.
Quand j’ouvre les yeux, je suis déjà en train de brûler, le soleil est déjà haut bien qu’il ne soit que… 8h30 ! Cette fois encore c’est moi qui réveille Flora,
avant de remballer les sacs de couchage, embarquer les serviettes et retourner vers le camp. En chemin nous voyons que Rapha a disparu, rentré, probablement. Quelques mètres plus loin nous
croisons Damien qui nous raconte que les sacs ont été fouillés pendant la nuit ! A croire que les plages mexicaines sont maudites pour nous ! En arrivant, Rapha nous apprend qu’il s’est fait
voler son appareil photo et son pantalon. Problématique quand on sait qu’il n’en a que trois et que les deux autres sont troués… Victor s’est fait voler son portefeuille et son déodorant. Quant à
moi je dois bien dire que j’ai été idiot d’emmener mon portable français… Bon vent à lui, où qu’il ait fini ! Chow qui dormait dans le hamac n’a rien entendu, un peu de colère monte contre ceux
qui dormaient dans la tente et ont sorti les sacs pour leur confort… Mais globalement, tout le monde, sauf Rapha, prend la chose avec philosophie. La disparition de mon téléphone m’ennuie un peu,
c’était le seul moyen qu’avaient mes parents pour me donner des nouvelles de ma grand-mère, mais de toute façon il n’y avait pas de réseau. Et ce n’est rien de comparable à la situation de Victor
qui n’a plus un rond !
Malgré ces évènements fâcheux, c’est une autre bonne journée, nouveaux bains de mer et rigolade, encore une fois, Flora et moi faisons figure de poissons dans
l’eau. L’après-midi, après quelques parties de Jungle Speed, Dam arrive avec un nouveau plan, plus intéressant : balade en barque au milieu des palétuviers. Ceci étant, je ne suis pas très
motivé, il fait une chaleur démentielle, le prix me semble élevé, mais je me laisse convaincre, je vous laisse deviner par qui ! Bref, après une courte marche en s’abritant tant bien que mal du
soleil (la serviette de bain encore humide est utile), nous arrivons à un « embarcadère » vaseux et infesté de moustiques. Six d’entre nous prennent place dans une « grande » barque à peu près
étanche, pendant que Chow et Coline s’installent dans une seconde barque remplie d’eau jusqu’au tiers. La balade se révèle être assez agréable quand nous sommes à l’ombre des « manglares »
(palétuviers) sur les racines desquels grimpent des crabes de toutes sortes, généralement petits. Des poissons nagent tranquillement à l’abri des prédateurs, trop gros pour se faufiler, des
oiseaux sont perchés dans les branches. Quand la barque sort sur une étendue découverte, la chaleur nous assomme et nous demandons à rentrer, ça tombe bien, nous sommes sur le chemin du retour !
Une fois revenus à « l’embarcadère », il faut retrouver le chemin… Le groupe se sépare, trois routes, trois groupes. Finalement tout le monde retrouve le chemin. Avec quelques autres, nous
décidons d’aller nous baigner dans la lagune, histoire de se rafraîchir. Le soleil est déjà assez bas, caressant la terre de ses derniers rayons rougissants. Quand il disparaît, c’est l’heure de
la désormais rituelle douche suivie d’un dernier dîner, le départ est fixé au lendemain matin. Plus de vin, nous nous rabattons sur la bière, fort heureusement le poissons frais pêché du jour,
lui, ne manque pas. Au cours du repas, marchant pieds nus dans le sable, quelque chose me pique, la douleur est vive mais je pense que j’ai simplement du marcher sur un bout de verre. Rien ? Bon,
il a du tomber. Plus tard, pendant que nous mangeons, la douleur se fait lancinante, mon orteil gonfle et rougit. La vieille serveuse commence à me foutre les jetons : « abeja o alacrán » abeille
ou scorpion ! Mais je n’ai rien vu et à part la douleur je ne sens rien, pas de paralysie ou de sensation d’étouffement, effets de la picure des scorpions du sud, donc pas d’affolement. Pour plus
de sûreté, et pour me trouver un médoc’ contre la douleur, Flora et Coline vont voir si le dispensaire est encore ouvert. Elles reviennent quelques minutes plus tard… à l’arrière du quad du
proprio. « Euh… c’est gentil les filles mais je pouvais marcher ! » Me voilà donc embarqué sur le quad, débarqué au dispensaire, c’est bien une abeille, même si elle n’a pas laissé de dard. Le
doc’ me file une plaquette d’anti-douleur et le proprio me prête ses claquettes (je suis toujours nus pieds !) et je rentre clopin-clopant accompagné de Flora. Notre petit groupe s’est installé
par fragments sur la plage. Flora et moi nous installons à l’écart, je m’allonge sur le sable, la tête sur ses genoux. Il paraît que j’ai ronflé fort cette nuit là…
Dernier matin, dernier bain de mer, dernier petit déjeuner sur la plage, puis on referme les bagages, on démonte la tente et plie les duvets. Il est à peu près midi
quand nous partons. Le poprio emmène les sacs sur son quad, nous suivons à pied, jusqu’à un embarcadère près de sa maison où nous attendons son bateau manœuvré par son employé pour nous ramener à
Zapotalito.La chaleur est écrasante, je m’attache une chemise sur la tête genre kefi. Arrivés à Zipotalito, nous attendons vainement un hypothétique bus vers Rio Grande et finissons par nous
résigner à aller en taxi, deux taxis, cette fois.
A Rio Grande, mauvaise surprise, pas de bus pour Oaxaca avant 20h30, et pour le DF avant 19h30… Flora et Coline prennent un urbain pour Puerto Escondido, l’attente
commence. Nous mangeons dans une comida corrida, celle qui fait office de gare routière pour les bus de seconde classe. Victor dort sur la table, les autres lisent. A 19h30, Victor, Julia et
Rapha partent pour le DF. A 20h30, Chow, Damien et moi partons pour Oaxaca où doivent nous rejoindre Flora et Coline. Le voyage est agréable, plus que dans certains bus de première classe. Le
seul inconvénient est une fenêtre qui s’ouvre toute seule… Nous arrivons à la gare routière de Oaxaca, celle de 2nde classe, vers 4h30 du matin et nous installons sur des bancs, avec nos sacs de
couchage, et dormons jusqu’au petit jour.