Vendredi 20 juin 2008
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19:50
Par Seb
Cuba fut une terre de rencontre. Je parlerais bien de la rencontre entre le Vieux et le Nouveau Monde, matérialisée par la
rencontre entre un certain Christophe Colomb et u groupe d’hommes bronzés et peu vêtus, mais Carlos Fuentes l’a fait mieux que moi, sans parler du fait que je n’y étais pas.
Ma première vraie rencontre cubaine fut notre hôtesse de la première nuit et « guide » des jours suivant, Lourdes. Recommandée par le trop aimable Luis Alberto, qui l’avait
rencontrée lors de son propre voyage quelques jours avant, elle promettait tout confort et repas à un prix qui, apparemment, défiait toute concurrence. Un rapide coup d’œil dans le Guide du
Routard eut vite fait de nous prouver le contraire. Très souriante, accueillante et familière, elle donna tout de même à certains d’entre nous une image assez négative des Cubains avec sa voix
criarde et son insistance à nous guider dans les endroits les plus « incroyables » de la ville, où généralement nous n’étions pas désirés, ou nous « inviter » à des dîners « exceptionnels » qui
n’avaient d’exceptionnels que le prix, exceptionnellement élevé. ¡ Estafadora !
Cette impression négative eut toutefois la conséquence extrêmement positive de nous amener à rencontrer David. David, c’était tout le contraire de Lourdes, exception faite de
l’amabilité. David est vétérinaire et complète son revenu avec la location de chambres dans sa grande maison transformée en « Casa particular » légalement enregistrée. Prévenant, il nous mit en
garde contre beaucoup de dangers que peuvent courir des touristes étrangers à La Havane, en particulier les 1001 formes d’escroqueries destinées à pomper les pesos convertibles dont nous étions
porteurs… C’est lui qui nous obtint des boites entières de « puros » tout frais sortis de la fabrique pour un cinquième de leur prix, c’est lui qui nous conseilla d’aller à Trinidad comme
deuxième étape de notre voyage, c’est lui qui négocia les taxis pour nous y transporter, enfin, et peut être surtout, c’est lui qui nous parla le mieux de l’histoire et du présent de son pays.
Parlant un français impeccable, il parlait avec nous dans les deux langues, hésitant toujours à s’introduire dans nos conversations, le matin, au petit déjeuner dans sa salle à manger, du fait de
sa timidité. Notre séjour cubain n’aurait sans doute pas été le même sans lui.
La troisième, et dernière, rencontre que je veux mentionner est celle que nous fîmes à Trinidad : Joel, « el Mago ». Nous fîmes sa connaissance au premier soir de notre étape
trinitaria, installés autour d’une grande table en fer forgé peinte en blanc, dégustant des mojitos devant la Casa de la Múcisa de Trinidad. Il s’approcha pour nous présenter sa « boite magique
», une petite boite impossible à ouvrir si on ne connaît pas le truc, truc qu’il avait inventé lui-même. Officiellement menuisier, il passait en réalité son temps à inventer tout un tas de
combines pour gagner quelques pesos convertibles, suffisamment pour payer quelqu’un pour travailler à sa place dans l’entreprise de meubles et passer toutes ses nuits à faire la fête. Au
contraire de Lourdes, toutes ses combines, du moins celles qu’il nous parla, une cinquantaine, visaient à contrer l’Etat, ses impôts et ses monopoles, tout en rendant service aux touristes. Un
jour chauffeur de taxi illégal, un jour guide touristique illégal, un jour vendeur de babioles « magiques » illégal, un autre jour vendeur de cigares et de rhum de contrebande. Chaque jour une
nouvelle activité mais tous les jours un même état : gibier de potence bien légal et souriant. Beau parleur ? Beau je ne sais pas, demandez à Julia, mais parleur ça oui, des heures et des heures
durant, à Trinidad, à Santa Clara, à Santiago, à Cienfuegos…
Cuba, une île de rencontres, donc, plus ou moins bonnes, toujours enrichissantes, plus ou moins plaisantes, comme les multiples facettes de ce pays.