Jeudi 19 juin 2008 4 19 /06 /Juin /2008 21:28

Par Seb
     Cuba est, sur une carte du monde, une île relativement petite entourée de géants : les Etats Unis, le Mexique, le Venezuela. Pourtant Cuba est un monde à elle seule, un monde avec son modèle social, économique, culturel qui n’appartient qu’à elle.
    Un système politique figé dans le passé, un anachronisme qui semblait éternel jusqu’à la retraite forcée de Fidel Castro. Un régime qui pour faire oublier son impopularité présente fait appel à la gloire de quelques héros disparus trop tôt pour être devenus impopulaires ou gênants. Un culte aux grands mythes de la révolution, la bible du socialisme cubain, réécrite jour après jour pour répondre aux nécessités de l’évolution, que les dits mythes auraient probablement désapprouvée, de la révolution cubaine.
    Cuba, une île en plein démythification. Plus personne ne croit aux vertus du système, un système incapable de répondre aux demandes, un système orthodoxe qui n’admet pas la critique théorique mais s’accommode de son rejet en pratique. Il n’y a plus une Cuba socialiste et révolutionnaire, il y a deux Cubas, l’une rhétorique et parfaite, l’autre effective et cynique, ruinée mais rusée, inventive par nécéssité.
    « Socialismo o muerte » disent les affiches de la propagande du régime, les Cubains ont choisi : ni l’un ni l’autre. Quatre S : Socialisme pour faire Semblant, et Système D pour Survivre.
    Fidel voulait créer un homme nouveau, une nation nouvelle, il a réussi, les Cubains sont d evenus cyniques, hypocrites et escrocs par nécessité. Etre victime d’escroquerie, ou de tentative d’escroquerie, pour les étrangers fait partie du jeu qui se joue entre les Cubains, le régime et le reste du monde. Pour le touriste étranger la règle est simple : accepter la tentative mais ne pas laisser passer l’escroquerie, la pression augmente ainsi sur le régime. En revanche pas moyen d’éviter le plus gros des arnaqueurs : l’Etat. Il est là, partout, directement ou indirectement, pour vous extirper vos devises dont il manque cruellement. Il y a toujours un impôt, une taxe, un monopole pour doubler le prix, sans augmenter le profit du Cubain. Face à lui, Cubains et touristes ont un intérêt commun qui crée le marché noir, un marché capitaliste des plus sauvages, sur une terre socialiste.
    En chaque Cubain, il y a l’esprit collectif officiel, celui qui prohibe le « je » et exalte le « nous », et l’esprit individuel, capable de déployer une inventivité sans pareil pour échapper aux contraintes posées par l’esprit collectif. Le régime castriste n’a pas transformé la nation cubaine, les Cubains sont restés des êtres humains comme les autres, ni plus généreux ni plus avides, ni plus intelligents ni plus bêtes. C’est un jeu, une suite de défis que Cuba pose à Cuba depuis quarante-neuf ans. Un jeu sinistre, un jeu macabre, une corrida où chacun est à la fois taureau et torero, mais un jeu où, au final, la victoire pourrait bien être plus cruelle que la défaite.

Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés