"Toute culture naît du mélange, de la rencontre, des chocs. A l'inverse, c'est de l'isolement que meurent les civilisations"
Octavio Paz


"Rien ne suscite plus grande mélancolie que l'idée de ne pas connaître tous les êtres que l'on aurait pu aimer, qu'on va mourir avant d'avoir pu les rencontrer"
Carlos Fuentes


"Tous nous sommes faits d'une même argile mais ce n'est pas le même moule"
Proverbe Mexicain.



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L'auteur

  • Crónica mejicana
  • Seb
  • Mexique Mexico
  • 11/09/1987
  • Homme
Par Seb
Après la rentrée, une vague de fainéantise s’est immiscée au sein de notre petit groupe, touchant principalement Charlotte, Julia et Damien. Résultat, de février à fin mars, pas de voyage du groupe jusqu’à la semaine sainte. La Semana Santa, au Mexique, est vraiment « Santa », personne ne travaille les jeudi et vendredi saints, et pendant une semaine, la ville se vide, des centaines de milliers de Chilangos prennent la clef des plages.
Après maintes tergiversations, nous avons finalement fixé le cap sur Chacahua et sa lagune, sur la côte de Oaxaca. Ce fut un voyage long, mais sympa ! Six heures du DF jusqu’à Oaxaca, une petite escale puis six nouvelles heures dans un bus de 2nde classe jusqu’à Rio Grande, un pueblo perdu sur la route de Puerto Escondido à Huatulco, enfin une bonne demi-heure de taxi, à six passagers plus le chauffeur !
Arrivés à Zipotalito, un « pueblo olvidado por Dios » (dixit Chow) sur la rive intérieure de la lagune, vers cinq heures du matin, en pleine nuit (bon, peut être cinq heures et demie) ne voyant rien mis à part le porche d’une cabane où un tapir apprivoisé faisait des bons de cabri, et devant trouver quelqu’un pour nous faire traverser la lagune en barque (40 minutes) ou attendre deux heures une éventuelle camionnette… Tout le monde à boooooord ! Arrivés au tiers du trajet, au bout de 15 minutes, le soleil commence à se lever derrière nous au-dessus de la lagune, elle est immense, on dirait la mer, une mer au milieu de laquelle pousseraient des îles de palétuviers, servant de perchoirs à des centaines d’oiseaux.
La barque passe ensuite dans un canal aménagé au milieu des palétuviers pour passer à l’autre moitié de la lagune. Au milieu de ce labyrinthe s’est installé un village de pêcheurs, oubliés de tous, « sans électricité ni communications » nous dit notre barco-taxi. Nous sommes tous plus ou moins frigorifiés, la nuit a été fraîche et la vitesse de la barque crée un vent qui cingle les joues et les yeux. Enfin nous arrivons à la plage. Le propriétaire d’une des nombreuses palapas nous propose deux emplacements pour planter notre tente, le débat se lance entre partisans de « sous l’arbre » et partisans de « sous le toit de palmes », le premiers l’emporte par forfait, Flora, Coline et moi sommes partis déjeuner, face à la mer et à l’immense baie.
Aucun des plats au menu n’est aussi alléchant que les vagues sur lesquelles miroitent les rayons du soleil. Petit déjeuner englouti, nous nous empressons d’enfiler les maillots de bain, de nous tartiner de crème solaire, sauf pour Flora qui ne veut pas polluer l’eau « pour rien », et filons en courant jusque dans les vagues. L’eau est à peine fraîche, un délice de se retrouver flottant, entre deux rouleaux qui se chargent de vous réveiller si vous vous laissez trop bercer, ce qui arrive au moins une fois par quart d’heure à chacun d’entre nous. Julia, Chow, Coline et Damien se fatiguent vite, Flora et moi ne nous lassons pas, nous sautons dans les vagues, jouons comme des enfants.
Quand nous finissons par sortir, vers 11h30, il est déjà trop tard, le soleil brûlant de Oaxaca a déjà frappé. Au bout d’une heure sous la palapa à jouer au Jungle Speed, mes petits camarades remarquent que ma peau a viré au rouge écrevisse… Idiot que je suis ! Pour compléter le tableau j’ai oublié la biafine, mais la douleur est supportable, pour moi. Flora hurle dès qu’un doigt touche ses épaules.
Plus tard dans l’après-midi, la fatigue gagne certains d’entre nous. Les serviettes s’étendent sur le sable à l’ombre du toit de palmes, les deux sœurs s’endorment près de la table où s’entassent les livres, feuilles de papier et autres crèmes solaires, pendant que sur une autre table Julia, Rapha et Victor qui nous ont rejoint dans la matinée, et moi continuons de jouer au Jungle Speed. Ma « chanson de la victoire » arrache des fous rires à Rapha qui commence à croire que le soleil n’a pas seulement atteint ma peau…
Un moment plus tard, les lieux de siestes ont un peu changé : Flora dans le hamac sous l’arbre près de la tente, Victor sous l’abri, Damien… qui sait ?! Moi, je m’installe sur deux chaises, face à la mer, pour lire mon livre. Rapha aussi. De temps en temps nous échangeons un regard désolé pour la musique trop forte que les « nacos-fresas » de la palapa d’à côté mettent en boucle. Devant l’overdose de musique naco que subissente mes oreilles, le reste de mon corps décide de leur faire la faveur de se translater derrière la palapa, près de la tente. Flora fait un petit bruit respiratoire, Victor un gros bruit respiratoire, je choisis de m’installer près de Flora, sous l’arbre. Mon livre perd de son intérêt., je passe plus de temps à la regarder qu’à le lire, sa tranquillité me gagne, je sens le sommeil m’envahir, mes yeux commencent, doucement, à s’endormir. Je lutte, un moment, tente de me reconcentrer sur le livre, rien à faire, le livre tombe au moment où mes yeux se ferment. J’étale péniblement ma serviette sur le sable, m’étends à l’ombre de l’arbre, au pied du hamac où dort toujours Flora, je me laisse aller et glisse dans un sommeil peuplé de rêves.
Mon réveil est nasal. Flora, qui pendant que je dormais est venue se coucher près de moi, me pince le nez pour m’empêcher de ronfler, il semble que je faisais un très gros bruit respiratoire. Finalement arrive Coline pour nous réveiller, il est assez tard pour retourner à l’eau.L’étalage de la crème solaire, dont quelqu’un ne nie plus l’utilité, est une épreuve, mais la récompense en vaut la peine : une baignade dans une mer plus calme pendant que, peu à peu, le soleil descend sur les terres. Encore beaucoup de jeux, de rires, personne ne se fait ensabler, contrairement à Flora le matin, finalement tous partent pour une promenade le long de la plage, tous sauf moi qui connais l’hostilité avouée du sable envers mes pieds.
Je vais donc me doucher, car notre palapa-cabañas-camping dispose d’une douche, un véritable luxe ! Le temps d’attente plus le temps de me nettoyer, les autres sont revenus, juste à temps pour l’heure de pointe, pendant que je vais m’installer pour lire quelques pages et que la lune s’élève au dessus des flots plongés dans l’obscurité. Après sa douche, Flora me rejoint, nous nous installons sur le sable, près de la mer, elle dans mes bras, moi la réchauffant, la soirée est fraîche. Vient l’heure du dîner, les bouteilles de vin que nous avons apportées sont restées dans la tente toute la journée, elles sont chaudes. Nous en mettons une au frais et buvons l’autre avec des glaçons, c’est mieux que rien. La palapa propose du poisson, rien que du poisson, ça tombe bien, on est aussi venus pour ça, et on ne regrette pas. Ce ne sont pas les délices de Playa Paraíso mais nous nous régalons quand même. La bière suit le vin, on reste tranquillement à discuter, Rapha essaye de démêler ses cheveux, sans grand succès, une armée de hippies et de jeunes Chilangos fait ses grandes manœuvres autour de nous. La soirée suit son cours, tranquille, puis nous allons tous nous coucher, épuisés. Flora et moi décidons d’établir notre campement sur la plage, à la belle étoile, et surtout à l’air frais dont semble cruellement manquer la tente… Beaucoup de moustiques volent autour de nous sans nous attaquer, l’anti-moustiques semble être efficace. Nous nous endormons comme des masses.
Mes yeux s’ouvrent avec l’apparition des toutes premières lueurs , Flora dort toujours, il est environ six heures, je la réveille pour qu’elle profite du spectacle. Pendant le peu de temps qu’il reste avant que le soleil n’apparaisse, elle fil chercher l’appareil photos, et sa sœur. Pendant ce temps, je reste tranquillement installé dans mon sac de couchage, à regarder et écouter, comme au théâtre. L’astre du jour monte vite, en quelques minutes il apparaît tout entier de l’autre côté de la baie. A ce moment arrivent Flora et Coline, contentes de leurs photos. Elles continuent leur balade le long de la plage, je retourne à la tente et, pendant que les autres dorment encore, je vais déjeuner. En attendant que les uns et les autres se lèvent, je m’adonne à ma deuxième activité favorite à la plage : la lecture, entrecoupée de ces moments magiques où je ferme les yeux et écoute le vent, les oiseaux, le bruit des vagues, je sens sur ma peau l’air encore frais de ce matin de printemps, avant que la chaleur ne monte et de toute sa hauteur ne vienne nous écraser. Je suis seul sous la palapa, seul le bruit que fait Maite, la vieille ciusinière, en sifflotant et en ratissant le sable pour récupérer les déchets de la veille vient doucement troubler mon isolement.
Peu à peu, les marmottes se réveillent, marchant difficilement, les yeux entrouverts. Certains ont mal dormi, d’autres très bien. Il semble que la qualité de la tente dépende surtout des goûts. Tous sont surpris que j’aie bien dormi, réponse : « moi j’avais de l’air frais ». Bref, petit déj’ et crème solaire au menu, le temps que la crème pénètre la peau et c’est parti, tous à l’eau, comme toujours Flora et moi en premier. Pendant ce temps, Coline tente désespérément de bronzer, il semble que ce soit le point commun à tous les proches qui viennent nous rendre visite. Il faut dire aussi que le bronzage bruxellois, ça laisse un peu à désirer… La scène amène Flora à noter « ma sœur va choper un cancer. » Réflexion qui m’amène moi à penser « merde, moi aussi ! » Je sors donc de l’eau et cours sur le sable littéralement brûlant pour aller me mettre à l’abri sous la palapa. Flora me rejoint deux minutes plus tard, « toute seule c’est pas drôle ». Je suis d’accord avec elle. L’après-midi est semblable au précédent, mise à part la dégustation d’un très étrange tamal aux moules, coquilles comprises !
Fin d’après-midi, nouveau bain de mer, jusqu’à ce qu’arrive Dam avec un super plan de libération de bébés tortues. Non, merci, pas pour moi. Flora n’est pas intéressée, et Julia est partie se promener, depuis un moment, vers le « bout » de la plage. J’ai oublié de préciser, entre le bain de mer et la « difficile » décision de ne pas aller libérer les bébés tortues, une trempette relativement longue dans le chenal entre la mer et la lagune, avec le courant qui nous emporte doucement vers l’intérieur de la lagune. Une enfant dit à Flora « il parle bien espagnol ton ami morenito » en parlant de… Victor !
Après le départ de la petite troupe de libérateurs de tortues, Flo et moi retournons à l’eau salée qui nous appelle à gouttes et à flots. Puis, alors que la nuit tombe, Flo note « ça fait plus de deux heures que Julia est partie, c’est bizarre, non ? » Oui, c’est bizarre. (... Passage censuré sur demande expresse de Julia. jeje...) Nous promettons de ne rien raconter aux autres et revenons vers la palapa. Je mets une autre bouteille de vin au frais avant d’aller me doucher au son des « grouille-toi Seb, on se fait bouffer par les moustiques ! » de Flo et Julia… Ben oui, mais c’est qu’après une journée dans l’eau de mer il faut se dessaler. Autre soirée tranquille, encore plus épuisés que la veille, Flo et moi décidons de retourner sur la plage, Rapha décide de venir avec nous… Pinche Rapha !
Nous dormons… Quand tout à coup j’entends un bruit, ce léger bourdonnement qui nous a tous rendus fous un jour où l’autre : le bruit des moustiques. Je me débats, ne pouvant supporter de rester emmitouflé dans mon duvet, trop chaud, ni accepter d’être piqué sur toute la surface exposée de mon corps. C’est un combat à mort, désormais le bourdonnement est entrecoupé des « clap » de mes mains décimant l’armée des pompeurs de sang. Je finis malgré tout par abandonner, m’enfonce dans mon sac de couchage et dors d’une traite jusqu’au matin.
Quand j’ouvre les yeux, je suis déjà en train de brûler, le soleil est déjà haut bien qu’il ne soit que… 8h30 ! Cette fois encore c’est moi qui réveille Flora, avant de remballer les sacs de couchage, embarquer les serviettes et retourner vers le camp. En chemin nous voyons que Rapha a disparu, rentré, probablement. Quelques mètres plus loin nous croisons Damien qui nous raconte que les sacs ont été fouillés pendant la nuit ! A croire que les plages mexicaines sont maudites pour nous ! En arrivant, Rapha nous apprend qu’il s’est fait voler son appareil photo et son pantalon. Problématique quand on sait qu’il n’en a que trois et que les deux autres sont troués… Victor s’est fait voler son portefeuille et son déodorant. Quant à moi je dois bien dire que j’ai été idiot d’emmener mon portable français… Bon vent à lui, où qu’il ait fini ! Chow qui dormait dans le hamac n’a rien entendu, un peu de colère monte contre ceux qui dormaient dans la tente et ont sorti les sacs pour leur confort… Mais globalement, tout le monde, sauf Rapha, prend la chose avec philosophie. La disparition de mon téléphone m’ennuie un peu, c’était le seul moyen qu’avaient mes parents pour me donner des nouvelles de ma grand-mère, mais de toute façon il n’y avait pas de réseau. Et ce n’est rien de comparable à la situation de Victor qui n’a plus un rond !
Malgré ces évènements fâcheux, c’est une autre bonne journée, nouveaux bains de mer et rigolade, encore une fois, Flora et moi faisons figure de poissons dans l’eau. L’après-midi, après quelques parties de Jungle Speed, Dam arrive avec un nouveau plan, plus intéressant : balade en barque au milieu des palétuviers. Ceci étant, je ne suis pas très motivé, il fait une chaleur démentielle, le prix me semble élevé, mais je me laisse convaincre, je vous laisse deviner par qui ! Bref, après une courte marche en s’abritant tant bien que mal du soleil (la serviette de bain encore humide est utile), nous arrivons à un « embarcadère » vaseux et infesté de moustiques. Six d’entre nous prennent place dans une « grande » barque à peu près étanche, pendant que Chow et Coline s’installent dans une seconde barque remplie d’eau jusqu’au tiers. La balade se révèle être assez agréable quand nous sommes à l’ombre des « manglares » (palétuviers) sur les racines desquels grimpent des crabes de toutes sortes, généralement petits. Des poissons nagent tranquillement à l’abri des prédateurs, trop gros pour se faufiler, des oiseaux sont perchés dans les branches. Quand la barque sort sur une étendue découverte, la chaleur nous assomme et nous demandons à rentrer, ça tombe bien, nous sommes sur le chemin du retour ! Une fois revenus à « l’embarcadère », il faut retrouver le chemin… Le groupe se sépare, trois routes, trois groupes. Finalement tout le monde retrouve le chemin. Avec quelques autres, nous décidons d’aller nous baigner dans la lagune, histoire de se rafraîchir. Le soleil est déjà assez bas, caressant la terre de ses derniers rayons rougissants. Quand il disparaît, c’est l’heure de la désormais rituelle douche suivie d’un dernier dîner, le départ est fixé au lendemain matin. Plus de vin, nous nous rabattons sur la bière, fort heureusement le poissons frais pêché du jour, lui, ne manque pas. Au cours du repas, marchant pieds nus dans le sable, quelque chose me pique, la douleur est vive mais je pense que j’ai simplement du marcher sur un bout de verre. Rien ? Bon, il a du tomber. Plus tard, pendant que nous mangeons, la douleur se fait lancinante, mon orteil gonfle et rougit. La vieille serveuse commence à me foutre les jetons : « abeja o alacrán » abeille ou scorpion ! Mais je n’ai rien vu et à part la douleur je ne sens rien, pas de paralysie ou de sensation d’étouffement, effets de la picure des scorpions du sud, donc pas d’affolement. Pour plus de sûreté, et pour me trouver un médoc’ contre la douleur, Flora et Coline vont voir si le dispensaire est encore ouvert. Elles reviennent quelques minutes plus tard… à l’arrière du quad du proprio. « Euh… c’est gentil les filles mais je pouvais marcher ! » Me voilà donc embarqué sur le quad, débarqué au dispensaire, c’est bien une abeille, même si elle n’a pas laissé de dard. Le doc’ me file une plaquette d’anti-douleur et le proprio me prête ses claquettes (je suis toujours nus pieds !) et je rentre clopin-clopant accompagné de Flora. Notre petit groupe s’est installé par fragments sur la plage. Flora et moi nous installons à l’écart, je m’allonge sur le sable, la tête sur ses genoux. Il paraît que j’ai ronflé fort cette nuit là…
Dernier matin, dernier bain de mer, dernier petit déjeuner sur la plage, puis on referme les bagages, on démonte la tente et plie les duvets. Il est à peu près midi quand nous partons. Le poprio emmène les sacs sur son quad, nous suivons à pied, jusqu’à un embarcadère près de sa maison où nous attendons son bateau manœuvré par son employé pour nous ramener à Zapotalito.La chaleur est écrasante, je m’attache une chemise sur la tête genre kefi. Arrivés à Zipotalito, nous attendons vainement un hypothétique bus vers Rio Grande et finissons par nous résigner à aller en taxi, deux taxis, cette fois.
A Rio Grande, mauvaise surprise, pas de bus pour Oaxaca avant 20h30, et pour le DF avant 19h30… Flora et Coline prennent un urbain pour Puerto Escondido, l’attente commence. Nous mangeons dans une comida corrida, celle qui fait office de gare routière pour les bus de seconde classe. Victor dort sur la table, les autres lisent. A 19h30, Victor, Julia et Rapha partent pour le DF. A 20h30, Chow, Damien et moi partons pour Oaxaca où doivent nous rejoindre Flora et Coline. Le voyage est agréable, plus que dans certains bus de première classe. Le seul inconvénient est une fenêtre qui s’ouvre toute seule… Nous arrivons à la gare routière de Oaxaca, celle de 2nde classe, vers 4h30 du matin et nous installons sur des bancs, avec nos sacs de couchage, et dormons jusqu’au petit jour.

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Dimanche 24 août 2008 7 24 /08 /Août /2008 04:06
Par Seb
    Cuba fut une terre de rencontre. Je parlerais bien de la rencontre entre le Vieux et le Nouveau Monde, matérialisée par la rencontre entre un certain Christophe Colomb et u groupe d’hommes bronzés et peu vêtus, mais Carlos Fuentes l’a fait mieux que moi, sans parler du fait que je n’y étais pas.
    Ma première vraie rencontre cubaine fut notre hôtesse de la première nuit et « guide » des jours suivant, Lourdes. Recommandée par le trop aimable Luis Alberto, qui l’avait rencontrée lors de son propre voyage quelques jours avant, elle promettait tout confort et repas à un prix qui, apparemment, défiait toute concurrence. Un rapide coup d’œil dans le Guide du Routard eut vite fait de nous prouver le contraire. Très souriante, accueillante et familière, elle donna tout de même à certains d’entre nous une image assez négative des Cubains avec sa voix criarde et son insistance à nous guider dans les endroits les plus « incroyables » de la ville, où généralement nous n’étions pas désirés, ou nous « inviter » à des dîners « exceptionnels » qui n’avaient d’exceptionnels que le prix, exceptionnellement élevé. ¡ Estafadora !
    Cette impression négative eut toutefois la conséquence extrêmement positive de nous amener à rencontrer David. David, c’était tout le contraire de Lourdes, exception faite de l’amabilité. David est vétérinaire et complète son revenu avec la location de chambres dans sa grande maison transformée en « Casa particular » légalement enregistrée. Prévenant, il nous mit en garde contre beaucoup de dangers que peuvent courir des touristes étrangers à La Havane, en particulier les 1001 formes d’escroqueries destinées à pomper les pesos convertibles dont nous étions porteurs… C’est lui qui nous obtint des boites entières de « puros » tout frais sortis de la fabrique pour un cinquième de leur prix, c’est lui qui nous conseilla d’aller à Trinidad comme deuxième étape de notre voyage, c’est lui qui négocia les taxis pour nous y transporter, enfin, et peut être surtout, c’est lui qui nous parla le mieux de l’histoire et du présent de son pays. Parlant un français impeccable, il parlait avec nous dans les deux langues, hésitant toujours à s’introduire dans nos conversations, le matin, au petit déjeuner dans sa salle à manger, du fait de sa timidité. Notre séjour cubain n’aurait sans doute pas été le même sans lui.
    La troisième, et dernière, rencontre que je veux mentionner est celle que nous fîmes à Trinidad : Joel, « el Mago ». Nous fîmes sa connaissance au premier soir de notre étape trinitaria, installés autour d’une grande table en fer forgé peinte en blanc, dégustant des mojitos devant la Casa de la Múcisa de Trinidad. Il s’approcha pour nous présenter sa « boite magique », une petite boite impossible à ouvrir si on ne connaît pas le truc, truc qu’il avait inventé lui-même. Officiellement menuisier, il passait en réalité son temps à inventer tout un tas de combines pour gagner quelques pesos convertibles, suffisamment pour payer quelqu’un pour travailler à sa place dans l’entreprise de meubles et passer toutes ses nuits à faire la fête. Au contraire de Lourdes, toutes ses combines, du moins celles qu’il nous parla, une cinquantaine, visaient à contrer l’Etat, ses impôts et ses monopoles, tout en rendant service aux touristes. Un jour chauffeur de taxi illégal, un jour guide touristique illégal, un jour vendeur de babioles « magiques » illégal, un autre jour vendeur de cigares et de rhum de contrebande. Chaque jour une nouvelle activité mais tous les jours un même état : gibier de potence bien légal et souriant. Beau parleur ? Beau je ne sais pas, demandez à Julia, mais parleur ça oui, des heures et des heures durant, à Trinidad, à Santa Clara, à Santiago, à Cienfuegos…
    Cuba, une île de rencontres, donc, plus ou moins bonnes, toujours enrichissantes, plus ou moins plaisantes, comme les multiples facettes de ce pays.

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Vendredi 20 juin 2008 5 20 /06 /Juin /2008 19:50
Par Seb
     Cuba est, sur une carte du monde, une île relativement petite entourée de géants : les Etats Unis, le Mexique, le Venezuela. Pourtant Cuba est un monde à elle seule, un monde avec son modèle social, économique, culturel qui n’appartient qu’à elle.
    Un système politique figé dans le passé, un anachronisme qui semblait éternel jusqu’à la retraite forcée de Fidel Castro. Un régime qui pour faire oublier son impopularité présente fait appel à la gloire de quelques héros disparus trop tôt pour être devenus impopulaires ou gênants. Un culte aux grands mythes de la révolution, la bible du socialisme cubain, réécrite jour après jour pour répondre aux nécessités de l’évolution, que les dits mythes auraient probablement désapprouvée, de la révolution cubaine.
    Cuba, une île en plein démythification. Plus personne ne croit aux vertus du système, un système incapable de répondre aux demandes, un système orthodoxe qui n’admet pas la critique théorique mais s’accommode de son rejet en pratique. Il n’y a plus une Cuba socialiste et révolutionnaire, il y a deux Cubas, l’une rhétorique et parfaite, l’autre effective et cynique, ruinée mais rusée, inventive par nécéssité.
    « Socialismo o muerte » disent les affiches de la propagande du régime, les Cubains ont choisi : ni l’un ni l’autre. Quatre S : Socialisme pour faire Semblant, et Système D pour Survivre.
    Fidel voulait créer un homme nouveau, une nation nouvelle, il a réussi, les Cubains sont d evenus cyniques, hypocrites et escrocs par nécessité. Etre victime d’escroquerie, ou de tentative d’escroquerie, pour les étrangers fait partie du jeu qui se joue entre les Cubains, le régime et le reste du monde. Pour le touriste étranger la règle est simple : accepter la tentative mais ne pas laisser passer l’escroquerie, la pression augmente ainsi sur le régime. En revanche pas moyen d’éviter le plus gros des arnaqueurs : l’Etat. Il est là, partout, directement ou indirectement, pour vous extirper vos devises dont il manque cruellement. Il y a toujours un impôt, une taxe, un monopole pour doubler le prix, sans augmenter le profit du Cubain. Face à lui, Cubains et touristes ont un intérêt commun qui crée le marché noir, un marché capitaliste des plus sauvages, sur une terre socialiste.
    En chaque Cubain, il y a l’esprit collectif officiel, celui qui prohibe le « je » et exalte le « nous », et l’esprit individuel, capable de déployer une inventivité sans pareil pour échapper aux contraintes posées par l’esprit collectif. Le régime castriste n’a pas transformé la nation cubaine, les Cubains sont restés des êtres humains comme les autres, ni plus généreux ni plus avides, ni plus intelligents ni plus bêtes. C’est un jeu, une suite de défis que Cuba pose à Cuba depuis quarante-neuf ans. Un jeu sinistre, un jeu macabre, une corrida où chacun est à la fois taureau et torero, mais un jeu où, au final, la victoire pourrait bien être plus cruelle que la défaite.

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Jeudi 19 juin 2008 4 19 /06 /Juin /2008 21:28
Par Seb
    Cancún ne fut qu’une étape, courte, mais c’est heureux, un point de rassemblement avec la petite troupe, ceux qui seraient un peu plus tard surnommés « banda exilio », autrement dit, les étudiants étrangers du CIDE. Premiers arrivés, Julia, Charlotte et Damien, lequel est barbu… étrange, presque choquant ! Ils sont tranquillement installés dans la cuisine de l’auberge de jeunesse quand Aurélie et moi-même faisons notre entrée triomphale chargés comme des baudets. Une petite heure plus tard viennent nous rejoindre Flora, Manuel et Rapha, les aventuriers qui ramènent de l’île d’Holbox un nombre impressionnant de souvenirs sous forme de piqûres de moustiques, et aussi quelques coquillages.
    Le grand départ, le lendemain matin, est laborieux : Raphael refuse de se lever, les bagages de certains tendent à déborder. Les premiers prêts attendent les derniers en trépignant avant de décider de faire autre chose en attendant, ce qui entraîne un retard des premiers, attendus par les derniers sur le même mode. Flora est déjà partie pour Mexico, emportant mon deuxième sac (merci !). Une fois tous prêts, on vérifie une dernière fois la pochette contenant les passeports, visas et autres documents, Rapha se recoiffe, Charlotte sautille, Julia baille, et on est partis.
    A l’aéroport, plusieurs étapes : 1, essayer de changer mon billet et celui d’Aurélie, du fait d’une erreur de date… 2, acheter le visa de touriste cubain, 25 dollars. 3, passer au bureau de l’immigration pour faire viser la sortie sur les FM3. 4, faire enregistrer les bagages. 5, retirer de l’argent pour tous ceux qui ont des cartes américaines. Parcours apparemment simple mais qui requiert une forte dose de patience : incompétence du fonctionnaire de Cubana de Aviación, amabilité type porte de prison de la fonctionnaire de l’immigration, illisibilité du formulaire, lenteur de l’enregistrement et enfin avarice du distributeur de billets caché au fond d’un couloir.
    Enfin dans l’avion ! Un vieux coucou de la Cubana de Aviación, je doute qu’il y ait des gilets de sauvetage sous les sièges… Bref, petit coup de stress au décollage, accrochés aux sièges, masticage acharné du chewing-gum… ça y est, on est en l’air, la ligne de la zona hotelera de Cancun, avec ses tours hôtelières et sa langue de sable, séparant la lagune de la mer des Caraïbes est en dessous de nous, deux minutes plus tard, la mer…
    Après une heure de lecture du Guide du Routard en écoutant de la musique, c’est l’atterrissage à La Havane. Première frontière franchie, celle du temps. De vieux hangars des années soixante-dix débordant de vieux coucous rouillés, de bus de transport de passagers sans roues où capot ouvert, de vieilles passerelles aux marches percées d’oxydations.
    Descente de l’avion, deuxième frontière, entre démocratie et dictature communiste : un militaire revêche attend dans une petite cabine, Aurélie passe, j’attends de voir si out se passe bien, la voix revêche m’appelle, je tends mon passeport, le fonctionnaire retire mon visa temporaire américain, périmé depuis six moi, me le tend d’un air soupçonneux. « Nom ? » « Commain » « Pardon ? » « COMMAIN, c’est écrit sur le passeport. » « Comment ça se prononce ça ? » « Commain ! » « Qu’est-ce que vous faîtes dans la vie ? » « Etudiant » « En quoi ? » « Sciences politiques », regard par en dessous… « Pourquoi êtes-vous allé aux Etats Unis ? » « C’était mon escale pour Mexico », second regard par en dessous, « Passez ».
    Ensuite c’est l’attente des bagages, longue, pas de prime à la productivité au paradis des travailleurs ! Une fois passée la dernière porte qui nous sépare du monde prolétaire, nous nous retrouvons dans le grand hall où nous changeons nos pesos mexicains. Mauvaise surprise, le taux de change est le même que de peso mexicain à dollar américain… Nos liasses de cinq mille fondent comme neige au soleil… Enfin sortis, nous prenons un taxi, une camionnette, pour nous transporter vers la Vielle Havane où nous attend notre hôtesse, la bien nommée Lourdes !

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Jeudi 19 juin 2008 4 19 /06 /Juin /2008 03:07
Par Seb
Hola todos,
Je sais que j'ai que j'ai beaucoup de retard dans la publication de mes croniques mexicaines et je m'en excuse, c'est que je passe plus de temps à les vivre qu'à les écrire...

En attendant, je viens de rajouter les photos que j'ai prises lors de mon voyage en Basse Californie, regroupées dans les huit albums nommés "A lo largo de la Transpeninsular", I à VIII, et les photos de mon week end à Guadalajara (n'essayez pas de le prononcer, ça risque de vous rendre fous), dans les albums plus "simplement" dénommés "Guadalajara" I à IV.

Bientôt arrivera le récit de Cuba...

Saludos, hasta luego!

Seb

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Dimanche 15 juin 2008 7 15 /06 /Juin /2008 02:58
Par Seb
    Notre arrivée à Tulum (photos) se fait sous la pluie. A la gare routière je me trouve confronté à une employée (très) peu coopérative : « Je voudrais réserver deux billets pour Cancún dans deux jours, s’il vous plaît. » Réponse : « Impossible, les réservations ne se font qu’une heure et demie avant. » « Ah, c’est ennuyeux, et à quelle heure y a-t-il des bus pour Cancún ? » « Sais pas, revenez demain. Suivant ! » Ensuite c’est la recherche d’un hôtel pas trop cher. Nous en voulons un sur la plage, et près des ruines, autrement dit dans la zona hotelera à une dizaine de kilomètres de la ville proprement dite.Aucun ne répond au téléphone. On finit par monter dans un taxi en demandant à aller au premier et moins cher indiqué dans le guide, « il est fermé ! » me répond le chauffeur, bon bah au deuxième alors. Arrivés là nous retrouvons un couple de Français qui viennent eux aussi d’arriver de Chichen. « Deuxième de la liste ? » « Ouais, vous aussi ? » On se prend une cabaña avec pour tout confort un lit, deux chaises, une table et un ventilateur, pas de prises électriques, un trou énorme sans moustiquaire au-dessus de la porte, et une moustiquaire impossible à fermer. Une fois posés les sacs, nous allons manger et boire un cocktail assis sur des chaises basses, les doigts de pieds en éventail dans le sable, avant d’aller dormir.
    Le lendemain nous nous levons d’assez bonne heure. Après quelques photos prises sur la plage et une baignade dans une mer des Caraïbes aussi vide que turquoise, petit déjeuner. Quelqu’un semble apprécier les œufs à la mexicaine… La haute concentration de touristes français a entraîné le remplacement de la sacro-sainte tortilla par un pain approximativement comestible. Tout le reste de la journée consiste en une alternance entre baignade et dégustation de cocktails, jus de fruits et autres sodas, sur des chaises basses les doigts de pieds en éventail, traçant des dessins dans le sable blanc. En fin de journée, en attendant l’heure décente pour aller dîner, 21h30, pour bien se démarquer de la masse touristique qui dîne entre 19h30 et 20h00, une partie de billard sur une table capricieuse. L’ambiance est particulière ici, très peu de Mexicains, trop peu peut être, beaucoup de touristes aux corps modelés par les séances de gym ou de muscu et dorés à point dans une cabine d’UV comme une dinde de noël dans son four… Manquent les marrons ! On se donne en spectacle, on s’expose, moins au soleil qu’aux regards concupiscents des membres du sexe opposé et envieux des membres du même sexe, on ne va pas à l’eau, cela risquerait de nuire à l’uniformité du bronzage parfait si chèrement acquis dans un institut de beauté ensoleillé au cœur de quelque sombre capitale européenne. On est très loin de la campagne mexicaine ou des banlieues grises du DF, du côté de Ciudad Neza.
    Dernier jour, le secret est de se lever tôt. Levés tôt, donc, vous commencez par un petit plongeons dans la mer des Caraïbes, enfin plongeon… avec une plage en pente d’un pour mille, à vue de nez, vous risquez surtout de plonger dans le sable… Ensuite, quand le soleil commence à frapper, allez déjeuner, vers 10h. Profitez de votre petit déjeuner, mexicain, bien mexicain (chilaquiles par exemple, bien piquant, bien rouge, plein de choses qu’un Français n’imaginerait jamais dans un petit déjeuner…).
    Vous voilà arrivés vers 11h, 11h30, retournez à la plage prendre un jus de fruit, écrire quelques cartes, éventuellement vous baignez si votre peau, contrairement à la mienne, supporte le soleil. Personnellement je reste à l’ombre, sauf mon gros orteil gauche, lisant un livre.
    Vers 13h30, une fois remballées vos valises et douchée votre peau de poulet, cru ou rôti, vous vous dirigez, comme nous, vers les ruines mayas, à quelques centaines de mètres de là. Un petit chemin entouré de verdure verdoyante vous amène vers l’une des cinq toutes petites portes d’entrées de la ville qui traverse le mur d’enceinte d’environ trois mètres d’épaisseur. Là commence le grand cirque, disons que si Chichen Itza était Bouglione, Tulum ressemble à Pinder… Une fois passée la petite porte, donc, un peu comme le rideau à l’entrée du châpiteau, vous retrouvez vos camarades d’hôtel, tous en maillots de bain, tout juste, et pas toujours, complété d’une jupe, un short ou une chemise (à fleurs, de préférence), et que commence la visite. Tout d’abord une petite tour de vigie surplombant la mer, accompagnée de deux petits autels votifs dont la fonction exacte est inconnue du fait d’une reconstruction peu précautionneuse qui les a transformés en quelque chose plus proche d’un barbecue. La dite tour est construite sur un promontoire rocheux qu’une petite crique sépare d’un autre promontoire, que nous avons tous vu en passant devant une agence de voyages, celui où se dresse la construction connue comme « El Castillo », qui selon moi est plus un temple mais ne ressemble plus vraiment à une pyramide. Ensuite, suivant le chemin battu et bien délimité, nous arrivons… à l’escalier descendant à la plage, principale attraction du site, au vu du nombre de personnes étendues sur l’étroite bande de sable et faisant trempette dans les vagues.
    Jolies photos souvenirs avec le Castillo, les rochers, les vagues, le bronzage (presque) parfait… Bref, la pub du Club Med ! On ne vit qu’une fois. Certains, vous devinerez qui, regardent la scène plagiste avec un regard quelque peu… circonspect. Le même petit chemin, beaucoup moins battu, les trois quarts du flot de touristes s’étant échoué sur la plage, nous conduit à d’autres constructions perdues dans une végétation basse et touffue, avant de nous ramener vers le « centre-ville » et ses maisons surélevées (ne restent que les plateformes surélevées en fait), son double temple où un analphabète a tenté d’écrire la version maya du « Omar m’a tué », autrement dit une trace de main rouge, et ses iguanes qui semblent jouir d’une plus grande attention de la part des touristes que les ruines (omettons, je vous prie, le fait que j’ai pris six photos d’iguanes en moins de deux heures…)
    Sortie par une autre porte microscopique, qui a perdu son linteau, c’est plus facile pour passer. Retour à pied vers l’hôtel. Un iguane ! Flash ! Je disais donc retour à l’hôtel, récupération des sacs, taxi ! A la gare routière s’il vous plaît. Achat des billets, course pour poster les cartes avant le départ du bus, retour à la gare routière en courant, soleil toujours de plomb, déodorant quelque part perdu dans le sac… Bon appétit bien sûr ! Mais bus attrapé, c’est l’essentiel, direction Cancún.

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Vendredi 23 mai 2008 5 23 /05 /Mai /2008 00:22
Par Seb
    Réveil difficile le lendemain matin vers sept heures trente, petit déjeuner plus copieux que la dose autorisée, mais qui s’en préoccupe ? Ce sera donc quatre tartines beurre confiture pour moi, six pour Flora et six pour Manu. Douche, fermeture (difficile) de valises et on est partis.
Neuf heures trente sur le pas de la porte, moi avec mes deux gros sacs, Manu avec son petit sac à dos CIDE, devinez qui se paie la tête de l’autre. Je suis l’equeco de México. Bref, en route vers la gare routière. Le bus part dans 5 minutes, on court !
    Voyage en bus tranquille, bus à moitié vide, on s’étalle, chacun son livre, son iPod, son ronflement…
   
On arrive enfin à Chichen Itza (photos). Non, le chauffeur s’est trompé, ici c’est Mayaland ! Des dizaines de bus sont stationnés sur le parking, d’autres dizaines arrivent, déversant des flots d’appareils photos crépitants, de pieds enveloppés dans des chaussettes blanches apparentes sous des sandales à scratch. Les vagues successives se brisent sur le rocher du marché « artisanal » avant d’être canalisées vers le détroit de l’entrée. Seule solution : plonger !
    A l’intérieur, des bancs de poissons-touristes, espèce pullulant dans le Yucatan, se massent autour des pyramides-rochers de cet aquarium maya. Notre petit groupe de requins moqueurs ou de poissons clowns, suivant les moments, se fraye un passage dans la masse de flashs crépitants et d’aisselles suantes, faisant de rapides arrêts pour lire les panneaux indicatifs, assez peu indicatifs en fait, installés par l’INAH devant chaque monument du site.
    Malgré tout, cela reste une visite intéressante, un site légendaire, même si, honnêtement, je ne vois pas pourquoi Chichen Itza est considéré comme une « merveille du monde »… Moins beau que Palenque, moins impressionnant que Teotihuacan, Chichen Itza ne me convainc décidément pas.
    Au cours de la visite nous avons perdu Rapha, « Raphouuuuuu ! ». Recherche, « Raphou », nous attend à la sortie, nous sortons.
    Il est l’heure, déjà, de se séparer. Aurélie et moi allons vers Tulum, Manu, Flora et Rapha s’en vont à l’île d’Holbox. Au revoirs sous la pluie au coin du marché d’artisanat de Mayaland, à dans trois jours à Cancún !

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Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 10:58
Par Seb
    Je dois bien avouer que je n’ai pas vu grand chose de Merida. Il faut dire aussi que je n’ai passé qu’une courte journée dans la capitale yucateca et que l’auberge de jeunesse était agréable. Bref, pour augmenter quelque peu la densité de mon récit, je vais vous raconter un petit incident survenu lors de notre trajet de Palenque à Merida. C’est quelque chose que je tiens à raconter mais, ne sachant pas très bien où le caser, je le mets là où j’ai le moins de chose à écrire. Bien, donc nous voilà en route à travers le sud-est mexicain, confortablement installés et endormis dans nos sièges numéros 1 et 2 d’un bus première classe ADO Palenque-Campeche-Merida quand, quelque part entre Palenque et Campeche nous sommes arrêtés par l’armée pour un contrôle de bagages. En pleine nuit, au milieu de nulle part, un soldat en uniforme et armé d’un fusil mitrailleurs probablement gringo, monte dans l’entrée de notre bus et intime à tous, certes de manière relativement polie mais ferme (polie en comparaison des contrôles effectués dans les secondes classes México-Tuxtla) l’ordre de descendre, d’aller chercher nos bagages en soute et de les poser sur une longue table derrière laquelle se tiennent d’autres membres des glorieuses forces armées mexicaines, armés cette fois de lampes de poche, plus pour inspecter le faciès des propriétaires que le contenu des propriétés. Aurélie, petite, tête quasiment mexicaine, du moins espagnole, un seul sac, pas suspecte. Moi, tête de gringo, venant de la frontière sud et allant vers le 51ème Etat des Etats Unis : Cancún, avec mes deux énormes sacs bien fermés, suspect : « abra por favor ». Je m’exécute, petit coup de lampe et « puede ir ». J’arrache des excuses et l’aide d’un troufion pour recharger mes sacs. En route.
   Arrivée à Merida (photos) vers 5h30, à l’auberge de jeunesse vers 6. Dodo, toute la matinée. Debout pour le déjeuner vers 14 heures. Je retrouve mes petits camarades, Flora et Manuel, Rapha est parti visiter Uxmal. Aurélie est partie se promener, il faut la retrouver dans Merida. Je n’ai pas son numéro, il faut appeler les parents en France. On part enfin, estomacs creux à remplir, vers le zócalo de la ville, à la recherche du quatrième estomac.
    La recherche de ma sœur mise en œuvre à Merida se décompose selon le schéma suivant.
        1- Tour préliminaire du zócalo.
        2- Description sommaire : « petite et brune ».
    3- Trois tours du zócalo en mode « recherche approfondie ».
   Finalement apparaît l’objet de nos recherches dans un coin. Une fois faites les présentations nous nous dirigeons tous les quatre vers un petit restaurant repéré un peu plus tôt sur le chemin hôtel-zócalo.
    Après le déjeuner, Manuel retourne à l’auberge se poser dans un hamac avec son livre et mettre son pied meurtri à l’air (l’histoire du pied est une longue histoire qu’il ne convient pas de raconter ici). Pendant ce temps, Aurélie, Flora et moi faisons une petite promenade dans les rues de la ville. Je me sens seul dans ma japonaiserie : Aurélie a pris des photos des photos le matin, Flora les jours précédent. Nous rentrons ensuite à l’auberge. Manu est toujours dans son hamac. On flemmarde, on trainasse. On lit des livres, on s’endort dans des hamacs, on se raconte les précédentes étapes de nos voyages respectifs, n se demande ce qu’il est advenu de Rapha, on veut l’attendre pour aller manger, on y renonce, finalement on décide d’aller prendre une glace pour patienter. Direction le Zócalo, à la recherche d’une glace, glace trouvée, on s’assoit sur un banc, il y a des préparatifs de spectacle devant le palais du gouvernement du Yucatan. Manu va voir ce que c’est et à quelle heure c’est : spectacle de danses folkloriques à 20h00. Retour à l’auberge. Rapha est revenu, allons manger ! Il y a une pizzeria à quelques rues, « Pizza Corleone », une offre qu’on ne peut pas refuser ! Après la pizza, que faire ? Débat. Résultat : rentrons, on se lève tôt demain. On rentre à l’heure de la classe de salsa, beaucoup de monde pour regarder, peu pour danser. Brossage de dents, dodo.

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Mercredi 30 avril 2008 3 30 /04 /Avr /2008 02:21
Par Seb
    Descendre de San Cristobal à Palenque, c’est comme prendre un tobogan pour descendre de Chamonix à Nice. San Cris, perdue dans ses montagnes, est fraîche, un peu humide. Palenque est étouffante d’une chaleur humide, tropicale, une chaleur qui vous égare et vous fait tout voir sous un angle de magie.
   
Après une descente en bus en provenance de San Cris, sous un soleil de plomb, et une arrivée triomphale à Panchan, le groupement de cabañas, avec à peine moins que notre poids en bagages, nous decidons d’augmenter encore un peu notre couche de crasse de la nuit et du matin avec une bonne dose de sueur comme les ruines mayas de Palenque (photos) savent vous en donner. Bref, nous sautons dans une combi (un mini-bus, pour les non-initiés au vocabulaire mex), et arrivons à l’entrée du site archéologique. Des pyramides de pierre blanche marbrée de salissures en tous genre par les années depuis leur découverte plus que par les siècles depuis leur abandon. Des pyramides dont les royales hôtes ont quitté les entrailles, remplacés par des nuées de touristes écrasés par la chaleur. L’herbe a poussé sur les immenses places de la ville, autrefois couvertes de stuc, le vert émeraude des arbres de la forêt tropicale qui enlace le site domine depuis longtemps sur les restes de peinture bariolée que l’on aperçoit encore sur quelques murs. Les singes hurleurs dans les arbres ont remplacé les prêtres mayas sur leurs pyramides, un peu moins féroces peut être. La visite invite à s’enfoncer dans la forêt, à l’ombre des grands arbres, au soleil couchant, tout est calme. On suit un chemin qui suit un court d’eau gazouillant, on essaie de faire abstraction des compatriotes nacos ou fresas, ou les deux, et au détour du chemin apparaît une cascade d’eau cristalline. Une cascade qui donne envie d’y plonger. Mais il est déjà tard, le site va fermer, on regarde, on prend quelques photos, puis on sort avec un léger regret.
    On rentre à l’hôtel, on s’enferme dans sa cabaña le temps de prendre une douche, de recharger les batteries (des appareils photos) et de se coller une bonne dose d’anti-moustiques. Après ça on s’installe au restaurant, de nouveau près d’un ruisseau gazouillant, on retrouve les compatriotes nacos et/ou fresas, mais on s’en fout. On profite du plaisir d’être propres, on étire les membres endoloris, on laisse parler les estomac, on leur donne les quesadillas qu’ils réclament, plus tard suivis de spaghettis, le tout à la lumière d’une bougie chauffe-plat au fond d’un verre et au son du groupe de musicos du jour. On reste là un moment, après six mois sans se voir on a des choses à se raconter, des raisons à se donner d’être content d’être là où on est, simplement un moment tranquille. Et puis on va se coucher.
    Que fait-on lorsqu’on en est à son deuxième jour à Palenque, que l’on a déjà vu les ruines et que l’on ne veut pas flemmarder à l’hôtel ? Réponse : on file voir les cascades de Misol-Ha, Agua Clara et Agua Azul (photos). Joli circuit en perspective, joli circuit à l’arrivée. Départ à neuf heures du matin, circuit organisé mais seulement un couple avec ma sœur et moi donc presque privatif. Le chauffeur est fou, rien de surprenant, c’est un Mexicain pensant qu’il sait conduire. Dans les virages on glisse sur les banquettes mais on reste sur la route, c’est l’essentiel me dira-t-on. On arrive à Misol-Ha, tout le monde descend, trente minutes d’arrêt. On s’émerveille, on se prend en photo, on essaye d’évaluer la hauteur de la cascade, trente mètres ? Ouais, à peu près. On se trouve idiots de ne pas avoir pris les maillots de bain, on peste contre ces « idiots de touristes », on passe derrière la cascade pour se faire tremper comme tous les touristes et on remonte en voiture, direction Agua Clara.
    A Agua Clara nous attend une large rivière d’eau turquoise et un pont suspendu aux planches de bois branlantes. Nous descendons au bord de l’eau, le bord est boueux, l’eau est délicieuse. Aurélie manque de perdre une tong, sauvée de justesse, quelques jolies photos puis on rentre dans le flot touristique et nous dirigeons vers le pont. Personne n’est vraiment très rassuré. Ma sœur doit presque sauter pour passer le trou entre le bord et la première planche, Indiana Jones n’aurait pas sous-estimé l’exploit… Bref, on se conforme à notre rôle de touristes, de presque japonais, mitraillant pacifiquement, flashouilleurs en série, pourchassés par la brigade du hippy.
    Rebelote à Agua Azul, on photographie, on filme, on regarde, on crée des fonds d’écran pour portable dernier cri, mais ici surtout on écoute. On écoute le grondement de l’eau turquoise à bleu roi qui dévale plusieurs kilomètres de cascades plus ou moins hautes, plus ou mois fortes (d’un petit toboggan où l’eau glisse sur cinquante centimètres à la « licuadora » et ses vingt-cinq mètres de haut). On se trouve quelques piscines naturelles où l’on aimerait bien plonger, on se retraite d’idiots pour l’oubli des maillots de bain susmentionnés et on monte jusqu’à ce que chemin et touristes aient disparu. Arrivés là on redescend, mitraillant dans l’autre sens, arrêt quesadillas près de la « licuadora » et de son bruit sourd de mixeur, autre arrêt sur un banc près du mirador n°1 avec recherche de la chanson du lieu, ce sera « Closedown », de The Cure. De nouveau en voiture, seuls cette fois-ci, les autres ont disparu. On rentre, même scène que la veille : douche, dîner, à laquelle on ajoute récupération des bagages et taxi jusqu’à la gare routière : direction Mérida, Yucatan.

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Mercredi 30 avril 2008 3 30 /04 /Avr /2008 01:21
Par Seb
    Lors de mon premier voyage, en 2005, San Cristobal était la seule ville vraiment colorée que j’avais traversé. Y étant resté cinq jours, je l’avais vue sous de nombreux aspects, à défaut d’avoir vu beaucoup de la ville elle-même. C’est une ville où j’ai accumulé de bons souvenirs, moment central du séjour, après les premiers contacts, avant les dissensions. San Cristobal et ses couleurs, San Cristobal au creux de ses montagnes vert foncé, San Cristobal et sa fraîcheur de fin d’après-midi.
    Retrouver
IMGP3205.JPG San Cristobal (photos), inchangée deux ans et demie après ma première visite, me fait revenir tous mes bons souvenir, au coin de chaque rue, dans les allées du marché, entre les étals colorés des tissus guatémaltèques. Le soleil joue avec les nuages flottant au-dessus de la ville, effleurant le sommet des montagnes. Après plusieurs tours des allées du marché, les bras sont chargés de souvenirs, beaucoup de tissus aux couleurs chatoyantes, beaucoup de motifs préhispaniques. Beaucoup de hippies dans les rues, sans doute à la recherche du Sous-commandant Marcos, flagrant délit de « tourisme révolutionnaire ». Beaucoup d’étrangers donc, à l’auberge de jeunesse notamment. Tout confort pour 100 pesos, quand les paysans n’ont en tout et pour tout à manger que quelques tortillas par jour, à seulement quelques kilomètres de là. Ma sœur découvre le Mexique « de verdad », du moins le croit-elle, peut être. Elle en aura au moins vu l’un des plus beaux morceaux, où transparaît un peu de la pauvreté, à travers les porteurs indigènes qui charlent sur leurs dos des paquets plus gros qu’eux, leurs dos couverts de loques sales de crasse, de poussière… La nuit tombe peu à peu sur l’ancienne capitale du Chiapas, les lumières s’allument, l’air se rafraîchit, les touristes s’enfuient et reviennent avec des vestes. Nous allons dîner dans un restaurant quasi désert mais passant de la bonne musique, nous mangeons, nous buvons un cocktail puis nous allons nous coucher, fatigués par une nuit de bus, notre promenade de début de soirée pour s’ouvrir l’appétit, et la perspective d’un départ matinal le lendemain pour Palenque.


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Jeudi 27 mars 2008 4 27 /03 /Mars /2008 20:31
 
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